Le stress chronique, l’ennemi invisible

Introduction

La vie de notre époque est chargée de stimuli et représente un environnement très riche en événements, totalement agité, anxiogène et angoissant. L’être humain est confronté continuellement à des situations complexes où il doit effectuer des choix, prendre des décisions, adopter des comportements et des attitudes et ce, dans un temps très court fréquemment. Ceci est toujours une tâche périlleuse pour l’individu vu le nombre de facteurs et de contraintes, à maitriser, intervenants là-dedans. A titre d’exemple, un étudiant qui doit décider de son orientation se trouve devant un choix très difficile qui pourra affecter le reste de sa vie. Il doit prendre en compte ses préférences personnelles, l’état des débouchés, ses moyens financiers, la durée des études, etc. Ou, l’exemple, d’une femme qui doit assurer ses performances au niveau de son travail, réussir à maintenir l’équilibre au sein de sa famille et répondre aux besoins de ses enfants avec toutes les obligations, ainsi que, faire face aux événements imprévus comme la maladie d’un enfant.

Réussir à combiner tous ses facteurs en même temps pour faire des choix, décider des orientations, prendre des décisions et exclure d’autres, est une opération qui provoque le doute, l’indécision, augmente le taux d’erreurs, mobilise toute l’énergie, pendant un certain temps et engageant l’entièreté de l’être, corps et esprit, constamment, dans des routines de la vie quotidienne caractérisées par une grande pression; en un mot elle provoque ce qu’on appelle communément le stress.

D’emblée, sachons que le mot « Stress » est devenu tellement vulgarisé que tout le monde l’emploi à tort et à travers. Les discussions autour de ce terme ou qui l’implique ont tendance à s’orienter vers le fait que le stress est une mauvaise chose dont il faut se débarrasser.

L’enjeu est tout à fait autre ; il existe bien entendu des bon stress, qui procurent l’énergie dont nous avons besoin pour être actifs et dynamiques. Ils permettent de vive avec intensité, de réagir, de donner le meilleur de nous-mêmes, de progresser, de nous accomplir. Le stress positif est un puissant stimulant, lorsqu’il est bien accueilli, bien utilisé, bien adapté à ce que nous désirons.

Les mauvais stress, pourtant, l’emportent très souvent sur les bons. L’absence de stimulation positive est d’ailleurs tout aussi néfaste que l’excès de stimulation négative : des études attestent que le stress de l’ennui use plus vite que le stress du travail, même intense.

 

1. Définitions du stress

La plupart des concepts et termes en sciences humaines provoquent des désaccords entre les auteurs au niveau de leurs définitions. Nous pensons que ceci est dû au fait qu’il y a une multitude de facteurs qui interviennent dans le phénomène humain et, à la dynamique de l’individu qui rend tout un chacun un cas unique. Le concept “stress” n’échappe pas à cette règle. Mais, cela n’empêche pas d’exposer quelques définitions.

Tout d’abord, “stress” est un terme anglo-saxon qui peut se traduire par plusieurs termes en français notamment “tension”, “effort”, “contrainte”, “agitation” (entre autres…).

SEYLE (1936) le créateur du terme, l’utilise pour désigner une agression, une action violente exercée sur un organisme : bruit violent, secousse électrique intense, immersion brusque dans l’eau froide, vive frustration, grand choc émotionnel, etc., tous facteurs «stressants».

Pierre R. TURCOTTE (1983) définit le stress comme étant une réaction psychologique et/ou physiologique de l’individu face à une situation de l’environnement qui dépasse ses capacités mentales et/ou physiques, réaction qui ne lui permet pas d’utiliser ses capacités d’une façon optimale.

FONTANA (1990) lui, définit le stress comme étant une demande faite aux capacités d’adaptation de l’esprit et du corps.

LEVI souligne que l’expression de stress a un sens différent en biologie et en médecine : elle désigne un processus qui a son siège dans l’organisme, à savoir la réponse globale de l’organisme à l’action de facteurs qui exigent l’adaptation de celui-ci aux influences, aux modifications, aux sollicitations et aux tensions auxquelles il peut se trouver exposé. Ces facteurs peuvent être d’origine physique, mentale, ou sociale. Les réactions à ces facteurs pourront être tantôt agréables, tantôt pénibles, tantôt utile, tantôt dangereuses.

Dans le petit Robert, le stress est un effort intense, effet que produit sur l’organisme toute action physiologique ou pathologique. C’est une action brutale sur un organisme (choc infectieux ou chirurgical, des charges électriques, traumatismes psychiques).

Dans le Larousse, le stress est l’ensemble de perturbations biologiques et psychiques provoqués par une agression quelconque sur un organisme.

Certes, il y a encore autant de définitions qu’il y a d’auteurs qui s’intéressent au phénomène ; mais nous avons la certitude que les différences qui peuvent apparaître, ne sont qu’éphémères.

D’après les définitions citées ci-dessus, nous relevons l’importance de quelques facteurs :

– L’environnement

– L’état physique

– L’état mental

 

1.1. L’environnement

Nous entendons par ce terme toutes les conditions matérielles, sociales, psychologiques, culturelles, ergonomiques, etc., qui entourent l’individu. Tout individu a une relation dynamique avec son environnement. Celui-ci le façonne, l’influence et l’individu s’y adapte et le change. On peut même dire que cette relation de réciprocité entre l’environnement et l’individu pousse ce dernier à créer les conditions de l’environnement qui agissent sur sa conduite.

1.2. L’état physique

Pour travailler, produire, être actif, faire du sport et accomplir d’autres tâches dans la vie de tous les jours, l’être humain a besoin de toutes ses capacités physiques. Ces capacités diffèrent selon les individus ; on trouve plusieurs types de physiques qui impliquent le pouvoir de réaliser un type de travail plutôt qu’un autre. L’incapacité ou l’incertitude de réaliser un travail provoque chez l’individu un état de stress.

1.3. L’état mental

Même si un individu a une bonne santé, cela ne suffit pas pour échapper à un éventuel état de stress. Il a besoin de toutes ces capacités mentales en plus de ses capacités physiques afin qu’il puisse bénéficier d’un effet synergique des deux pour faire face aux exigences et aux efforts que lui demande son environnement.

L’interaction entre ces trois facteurs, pris dans leur sens général, provoque différentes situations auxquelles l’individu doit faire face et doit s’adapter. L’étude de l’histoire personnelle des individus porte à croire que les perturbations physiques et affectives causées par l’environnement ont tendances à se concentrer autour des périodes de changements majeurs dans la vie de la personne. Ces changements ont pour résultat la provocation d’un état de stress que l’individu devra gérer selon ses capacités. Il faut souligner que le degré de stress dépend de l’ampleur du changement vécu.

 

2. Les caractéristiques du stress

Les effets du stress, l’intensité de l’anxiété qu’il suscite et le degré de perturbations du fonctionnement de l’individu, dépendent de plusieurs facteurs. Ceux-ci comprennent certaines caractéristiques du stress lui-même, la situation dans laquelle il se produit, l’évaluation que l’individu fait de cette situation et les ressources dont celui-ci dispose pour y faire face.

Trois variables permettent de caractériser le stress : l’intensité, la durée et l’absorption.

2.1. L’intensité du stress

Plus le facteur stressant est intense, plus la réaction d’adaptation est importante biologiquement, psychologiquement et physiquement. Sur le plan psychologique, l’intensité du stress peut avoir des conséquences fâcheuses : réaction d’excitation et d’adaptation suivies d’un état de prestation (état profond d’abattement). Face à une intensité moyenne, la personne se met en état d’alerte et sa curiosité est excitée. Si l’intensité monte, la personne se mobilise pour vaincre et s’en sortir par elle-même, Puis si l’intensité continue à monter, elle devient dépendante et passive.

2.2. La durée du stress

La durée du stress et le temps d’expression au stress conditionnent l’épuisement de l’organisme. Un stress prolongé s’accompagne d’une sécrétion durable d’adrénaline. Si la durée s’accentue, se provoque une sécrétion secondaire d’hormones surrénaliennes (cortisone et autres corticoïdes). Au bout d’un certain temps, il s’ensuit un épuisement hormonal qui se traduit par des troubles psychologiques et psychosomatiques. Ainsi, chacun à un réservoir d’énergie dans lequel il puise pour contrer le stress. Ce réservoir s’épuise plus ou moins rapidement selon l’individu.

2.3. L’absorption du stress

L’absorption du stress consiste à éviter une réaction “négative” qu’elle soit dans le sens de l’excitation ou de la dépression.

Plus la capacité d’absorption d’un individu est adéquate à la situation stressante, plus il tiendra vers son seuil optimal de stress. Il ne devient nocif que lorsqu’il dépasse les capacités d’absorption de l’individu. L’absorption du stress est fonction de l’individu, de son état physique et psychologique. Plus la personne est en harmonie avec elle-même, plus le stress sera source de performance pour un bon processus d’absorption.

 

3. Les signes du stress

3.1. Les signes corporels / les tensions

Hypertension, colite, asthme, dermatoses, constipation, arthrite, céphalées, migraines, anxiété, cauchemars, insomnies, phobies, diarrhées, transpiration, bouche sèche, tremblement, maux de ventre, fatigue chronique, distraction, agitation, énervement, irritabilité, etc.C’est à partir d’une enquête que Dominique CHALVIN a pu cerner les signes corporels du stress en relevant les expressions de la vie courante. Chacun peut parfaitement s’y reconnaître ou reconnaître les autres et, par-là, repérer la présence d’une situation stressante et voir si elle correspond à un niveau optimal heureux de stress. Ces signes sont :

 

3.2. Les signes psychologiques

Ces signes représentent les moyens psychologiques que la personne met en œuvre pour répondre aux facteurs de stress, réponse inadaptée à la situation en termes d’efficacité, mais réponse adaptée en termes de défense pour survivre malgré les agressions extérieures. La personne survit, mais elle survit avec souffrance. On peut citer quelques exemples de signes habituels :

  • L’attitude négative envers les autres ;
  • Le repliement et la rapidité ;
  • L’obsession ;
  • Le conformisme de groupe ;
  • L’apathie, la passivité et le détachement.

Il en va de même pour Hans SELYE, le père de la physiologie du stress. Sur base des travaux réalisés, il a publié en 1950 une théorie complète de la réaction humaine au stress qu’il a baptisée “syndrome général d’adaptation”. Il a défini trois stades de résistance et le stade d’épuisement.

En plus des signes corporels et les signes psychologiques L. LEVI ajoute un
autre niveau qu’il appelle les réactions subjectives. En effet, lorsque nous sommes
soumis à un état de stress, que ce soit en raison d’exigences manifestement exagérée, de besoins non satisfaits, d’un excès ou d’une insuffisance de
stimulation, de manque de contrôle sur notre situation personnelle ou de conflits liés aux divers rôles que nous assumons, la plupart d’entre nous éprouvent de l’angoisse, un malaise, un sentiment de découragement. Il peut même arriver que nous nous sentions étrangers dans notre propre existence. Nous nous interrogeons sur le sens de notre vie.

 

4. Les causes du stress

Comme on l’a déjà souligné dans le texte ci-haut, le stress est le résultat d’une inadaptation, d’un déséquilibre entre nos besoins et nos potentialités, entre ce que notre environnement offre et ce qu’il exige. Nous devons assumer certaines responsabilités mais l’environnement offre moins d’avantages. Nous devons pouvoir accomplir un travail d’une certaine importance, mais notre milieu nous en prive totalement (chômage) ou nous écrase sous son poids (Kagan et Levi, 1974). Il va de même du changement qui peut influer, à notre époque, sur les aspirations des individus.

Une autre cause de stress doit être recherchée dans les conflits liés au rôle que nous assumons. Nous sommes tous appelés à jouer plusieurs rôles (des parents, des enfants, des frères ou des sœurs, des amis, des connaissances, des chefs, des compagnons de travail ou des subordonnés). Il est évident que lorsque des conflits pourront facilement surgir dans l’un ou l’autre des rôles que nous assumons à un moment ou à un autre, l’esprit de conciliation dont nous pourrons faire preuve en voulant assumer plusieurs rôles sera lui-même source de stress. Si nous maîtrisons pleinement la situation, nous sommes en mesure d’adapter l’environnement à nos potentialités et à nos besoins, rétablissant ainsi un bon rapport individu/environnement.

 

5. Les relations entre le stress et la satisfaction au travail

On sait que l’homme doit faire face à la fois à la composante physique et à la composante psychosociale de son milieu de travail. Il peut arriver que l’une ou l’autre de ses composantes puissent constituer un facteur de stress insupportable. On peut donc considérer que le stress résulterait du système complexe
homme-­machine-environnement tel que des caractéristiques, humainement, indésirables (Conditions intolérables), des chefs très rigoureux ou un horaire de travail absurde.

Si l’on examine les conséquences du stress sur la perception qu’a l’individu de ses propres réactions à l’égard du travail, on ne peut se borner à considérer seulement la satisfaction au travail. On peut observer par ailleurs, que des éléments que l’on qualifie de facteurs de stress intolérables peuvent également engendrer l’insatisfaction. Toutefois, la satisfaction n’a rien d’absolu ; il n’y a pas pour elle de limite supérieure, et la satisfaction intégrale n’existe pas. Aussi, l’insatisfaction ne connaît pas de limites inférieures. En règle général, on se préoccupe davantage de minimiser l’insatisfaction et de maximiser la satisfaction. La satisfaction au travail n’est pas seulement une partie d’un continuum indéfini mais aussi un état personnel, par opposition à un état collectif. La situation de satisfaction dépend de l’individu et du travail qu’il accomplit. Il faut donc faire preuve de grande prudence dans l’interprétation des données ayant trait au degré de satisfaction au travail de groupes. Il faut encore que les mesures prises sur la base de ses données dans le but de promouvoir la satisfaction au travail soient décidées et mise en œuvre en sachant pertinemment que les résultats que l’on escompte sont quelque peu aléatoires.

 

6. Comment peut-on traiter le stress ?

Il existe trois orientations principales pour traiter les symptômes du stress.

Dans tous les cas où c’est possible, il faudrait supprimer la situation qui est l’origine du stress ou retirer l’individu qui y est exposé. On peut par exemple corriger certains aspects du milieu du travail, offrir à l’individu une protection spéciale ou le muter à un autre poste. Lorsque cela est impossible, on peut essayer de modifier le cours du processus psychologique et d’agir sur les symptômes physiques concomitants en ayant recours à des médicaments (pharmacothérapie) ou la psychothérapie. La troisième possibilité de traitement réside dans le renforcement de la résistance grâce à l’exercice, à l’éducation physique, à la réflexion, à la méditation, etc. Bien entendu aucune de ses trois possibilités d’action n’exclut les deux autres.

La pharmacothérapie emploie des médicaments qui agissent sur les sièges des fonctions mentales, c’est-à-dire sur le cerveau. Il affecte, par conséquent, les symptômes organiques qui se rapportent à ces fonctions. Ces divers médicaments sont d’un grand secours. Toutefois, s’ils peuvent modifier les réactions individuelles à différent agents stressants, ils sont incapables de résoudre ces conflits psychologiques plus profonds.

La psychothérapie fait appel à des entretiens avec le sujet ou d’autres formes d’influence mentale par lesquels le thérapeute tente de modifier les états d’esprit et des types de réactions qui font qu’un individu est prédisposé au stress. La forme de psychothérapie la plus poussée est la psychanalyse, l’exercice et l’éducation physique sont aussi utiles, ils permettent en effet de décharger le trop plein d’énergie engendré par le stress. Au lieu de frapper son chef ou de fuir son conjoint, on frappe un ballon, ou on se lance dans une course à pied, d’où la tension accumulée va se libérer. Il existe diverses méthodes de relaxation permettant de combattre la propension de l’organisme à réagir au stress et, bien entendu, d’atténuer les réactions de stress elles-mêmes.[1]

 

Conclusion

En raison de nombreuses connotations du terme “stress” et de ses multiples utilisations, il a toujours été malaisé de le définir. Il a fallu attendre H. SELYE pour le nommer, le décrire et le circonscrire.

Ce terme désigne pour certains, l’état d’un corps matériel soumis à des pressions ou à des forces dont l’intensité avoisine ou dépasse le seuil de tolérance ; pour d’autres, il décrit des phénomènes qui sont responsables de ces pressions ou de ces forces.

Le stress est donc considéré comme une réaction pathologique de l’être humain aux pressions de nature psychologique, sociale ou professionnelle ou à des contraintes liées à l’environnement. Le stress fait partie de la vie, il est inséparable de la condition humaine.

 


 

Bibliographie

Levi, L. “Le stress dans l’industrie». Bureau International du Travail, n° 51, Genève, 1984.

Fraser, “Stress et satisfaction au travail”. Bureau International du Travail, n° 50, Genève, 1983.

Chalvin, “Faire face aux stress de la vie quotidienne”. Librairies techniques, ESF éditeur-Entreprise moderne d’édition, 3ème. édition, France, 1989.

Turcotte, “Le stress : Force ou fléau pour l’organisation”, in G. Tarrab & coll., «La psychologie organisationnelle au Québec», Presse de l’Université de Montréal, 1983.

Hilgard & R.L et R.C. Atkinson, “Introduction à la psychologie”, édition Etudes Vivantes, Montréal, 1980.

Fontana, “Gérer le stress”, Pierre Mardaga, éditeur, Liège-Bruxelles, 1990.

Dale Carnegie, « Comment dominer le stress et les soucis, pensez la vie du bon côté ». Nouvelle édition établie par Dorothy Carnegie, traduction de Didier Weyne, Flammarion, Paris, 1993.

 


 

[1] Les techniques de traitement de stress feront l’objet, de manière plus détaillée, d’une prochaine communication.

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